26 décembre 2006

Unemployment Weekly - Nostalgia

73!
Le chômeur n'était que classe, fierté, répartie, et charme.
La chômeuse était mutine et faussement niaise. La chômeuse était jumelle, aussi, sweet sister Jane...
La conseillère ANPE, elle, n'a pas changé. Ou bien c'est toujours la même ( Oh Mireille, Mireille, que deviens-tu dans cette ville engloutie par la brume et le temps qui passe?).

Le chômage était jeu. Le chômage était séduction. Le chômage était liberté.

"Vous cherchez du travail?"
"Non, j'étais venu là pour voir."
"Vous faites quoi comme métier?"
"J'en ai pas."



ANPE 1973
envoyé par deep

22 décembre 2006

Electro Cunni

Ou : comment j'ai appris à ne plus dormir et à arrêter de m'en faire.

20 décembre 2006

Bastille Vichy

Il faisait 0° cette nuit-là, la marée des voyageurs de l'ombre s'étiolait sur la luisante chaussée. Quatre heures du matin. Les bus nictalopes rodaient dans Paris - mais dans l'abri l'attente se prolongeait. Le froid.
Dans la main, un Figaro.

La nuit avait été belle, ronde, entière, festive, et beaucoup plus alcoolisée que la plus alcoolisée de tes copines. La nuit avait commencé à 16:00, ouverture d'un cycle majestueux et solaire où la boisson s'était levée, les corps avaient accueilli en cette occasion d'adieu d'études l'érection panachée de la Reine de Toutes les Rébous. Ti-punchs et ti-whiskys avaient fait le lit de la Vodka Martini, l'année était finie.
Dans la main, un Figaro.

Il était beau cette nuit-là, le Paris by Night contemplé jusqu'à l'abri. Beau comme une libération, beau comme l'air glacé autour des lampadaires.
Toute cette froide beauté attendait qu'on la réchauffe.
Dans la main, un Figaro.
Dans la tête, un éclair.

Le Figaro fut fait boule, l'allumette fut faite flamme.
La boule se tordit, la couverture de Dassault-Journal noircit.
La flamme monta, belle, simple, brillante au fond du caniveau à peine dégelée.

Un bruit de moto détourna un instant les regards. Une voix, claire comme un Kenny avant la mort. "Bwhhehwhwhe"
- pardon?

L'Affaire venait de naître.
Le bruit, c'était Poncherello et Baker, blancs motards aux espoirs de justicier.
"VOUS LE PRENEZ COMME CA???!! BOUGEZ PAS VOUS ALLEZ VOIR" - Ponch descend, zorro casqué.
"ÉTEIGNEZ CET INCENDIE IMMÉDIATEMENT", hurla le chevalier blanc, pointant du doigt les trois flammèches de papier noirci se consumant dans le caniveau.

On ne frappe pas un mort à terre. Je me refusais intérieurement à fouler du pied le Figaro déjà bien tibétisé, et puis surtout, je ne tenais pas à souiller le soulier.
"- meuh non, regardez, ça s'éteint tout seul"

Le CHIPS s'avança, laissant apparaître son regard vide comme un terrier de blaireau taxidermié. La main gantée se saisit du col, le tire, le secoue :
"À QUI TU CROIS PARLER TU ÉTEINS CA TOUT DE SUITE"

- non. Et je n'aime pas trop ce ton.

Fatales paroles, le blanc blaireau se fit Team America.

"Tu crois quoi que t'es tout permis c'est ça?!! Tu suis pas l'actualité, là! Tu mets le feu à la route et à un abribus! Tu refuses d'obtempérer! Tu vas voir! TU VAS VOIR!!! HOP, PALPATION, PAPIERS, VIDE TES POCHES".

Un face à face commença, mes poches se vidaient, la bouche du Zorro se remplissait d'une morale mi-lénine, mi-fiente. "TU CROIS QUE T'AS DES DROITS?! AVEC TON PETIT SOURIRE TU TE CROIS SUPÉRIEUR C'EST CA? Mais moi je peux te POURRIR, tu empestes l'alcool, hop, IPM, je te coffre, dans 48h tu sors avec un casier dépucelé". Contemplant lentement la carte d'étudiant tout juste saisie, le vengeur se voulut albatros spirituel descendant des nuées "t'es en école de commerce supérieure alors tu te crois supérieur, hein? Tu vas voir ça va être la fête pour trouver un job avec un casier d'alcoolique pyromane". Mais ses bottes de flics l'empêchent de voler. "Non. En revanche, ça semble vous exciter".

À cet instant, ma tête se tourna sur ma gauche, en un geste d'espoir du retour à la Raison aurait dit Kundera, pour m'adresser à Baker/Bernardo, le gros blanc muet potentiellement censé jouer le rôle du bon. "Je sens que votre collègue trouve tout ça aussi absurde que moi, je n'ai commis aucune infraction, j'ai simplement refusé d'éteindre avec ma chaussure une feuille de papier journal déjà consumée. J'ai aussi demandé ce que c'est que IMP parce que ça ressemble à une lettre près à quelque chose de connu, mais j'ai beau tout connaître, IMP, je connais pas".
Mais Bernardo était plutôt Judas.
"Toi, ça y est, tu m'as saoulé, hop, garde à vue". La petite cibi de cet homme qui aurait si bien fait le camionneur crépita, les sirènes des motos furent mises en joie, toutes les bêtes mécaniques des flics d'opérette se frottaient les orteils en chantant aux étoiles. Il y aurait à manger ce soir.

Enter le camion flic. Quatre hommes de plus, la Dream Team prenait forme. On sent son bras remonter dans son dos, les poignets qui craquent, les menottes sont mes nouvelles amies.
Sur la chaussée, mon pull et mon sac, rempli de tous mes cours, d'une sacoche, de quelque matériel informatique. "Vous l'aviez pas au moment de l'interpellation, il reste là".
Projection dans la camionette glacée. À peine le temps de balbutier un "votez sarkozy..." adressé aux quelques spectateurs paralysés par le froid et la situation.

Direction la Bastille. En 900m, 9 feux grillés, sans sirènes. Les 2 accompagnants arrières, paumés comme des joueurs de sudoku sans leur grille, me regardent en se demandant qu'est-ce qui avait pu se passer, mais probablement aussi, sans trop se poser de question.

Arrivée. Pièce glaciale. Reprise de la morale. "Vous êtes en état d'ivresse. Ivresse Publique Manifeste. Z'allez prendre cher."
Soutenant difficilement un regard de plus en plus haineux, les épaulettes implantées dans ses hémisphères cérébraux laissent un instant la place à un léger doute. "Vous savez, hein, c'est tombé sur vous, c'est comme ça" -"il n'y avait plus de flammes, j'ai obtempéré à tout ce que vous avez dit, je n'ai rien à faire ici" - "non mais peu importe les flammes, vous pouvez pas me parler comme ça, c'est pour ça que vous êtes ici".
Le retour du vouvoiement fit figure d'une large ouverture de cuisse dans laquelle je me précipitai. "Vous êtes en train de dire qu'il n'y a pas de délit qualifié. Cette procédure est nulle. Je n'ai rien à faire ici".
Flottement. L'homme va s'entretenir avec ses collègues, qui quittent difficilement leur partie de Tétris (le Martiniquais), la lecture du Canard Enchaîné (un grand roux - "Tu es vwaiment le seul flic que je connaisse qui lit le Canawd", nota le martiniquais) et leur sudoku à 4 cases (une tentative de fille).

Un éthylomètre est avancé. La machine mesure 0,35g d'alcool/litre de sang, performance incontestable d'un organisme ayant bu sans interruption pendant 12h et capable de produire le chiffre de consommation d'un verre de vin.
Ca ne suffit pas. Hôpital médico-judiciaire pour vérifier que je suis internable. Un grand noir s'enferme avec moi, Méthode Cauet Style, bip bip rapides, "ah lala, vous êtes twès énewvé". Récit rapide de l'histoire. "Je sais bien, c'est absuwde, mais le mieux, c'est de wester coool". Retour des flics, malheureux de quitter eurosports et le résumé de foot du jour. Re-camion, menotté à saigner, trimballé à coups de feu rouge cramé. "Vous êtes quatre réglementairement?", fis-je pour lancer le dialogue. Le jeune flic conscient de ses limites réfléchit un instant en face de moi. "Oh, non. Parfois plus, parfois moins". Ouverture de la vitre du conducteur. Hurlement. "On ne répond pas à ses questions". -"et aux feux rouges, on est pas censés s'arrêter?" La vitre se referme.

De nouveau cellule. Il faut tout vider. Il faut enlever les lacets des chaussures. Il faut se mettre à poil. Par rapport à Orange Mécanique, rien de très différent, simplement pas de lampe dans le cul.
La cellule.
Quatre pieds en largeur, six pieds en longueur. Un coin chiotte, qui est aux chiottes ce qu'un vomis d'hépatique est à la gastronomie. Moucherons. Néon.
La porte se referme, bruit de clef fort-boyardien. "Attendez-là". "Combien de temps?" "Attendez-là, on vous dit".

Aucune mesure du temps. Silence.
Les murs sont blancs, pas encore vraiment sales, simplement lisses de saleté. Une paillasse est adossée au mur, ressemblant à un matelas de gym.
Il n'y a rien, rien nul part, le vide et une porte fermée, épaisse.
Siffler l'international pour faire passer le temps.
Compter les pas.
9417 au total, faits en rond sous l'oeil de la caméra.
Soit 2h30 de détention.

En 9417 pas de détention, on saisit très rapidement les problèmes fondamentaux de la privation de liberté. Le vide. L'odeur. Le regard de la caméra. Continuer à s'entêter. Marcher, siffler.

9416... 9417...
Un homme au regard benêt s'avance enfin.
Benêt, presque sympathique.
"ça a l'air d'aller?"
La taule, la thérapie qui vous donne bonne mine.
Vérification de l'alcoolémie : 0,01g, nouveau record de dissipation.
"Oh, bon, ben, désolé, hein, mais vous savez, l'actualité..."
Malaise dans la culture. "C'est l'actualité qui met les gens en taule sans raison?"
Récupération des affaires. Bye bye sacoche, on t'aimait bien. Mais en cadeau : une contravention sans amende pour "Ivresse Publique Manifeste". La plainte pour outrage à agent a été retirée.
Signez ici. Vous êtes libre.


Dehors, Bastille verglacée luit des premiers rayons du soleil.
La forteresse n'est plus.
Les idiots restent.


Mourcil,
Débastillé


Playlist : Wu-Tang Clan - Wu-Tang Clan ain't nuthin' ta f* wit

15 décembre 2006

La Martine

Un peu de poésie, parce que ça fait pas de mal.




O temps, suspends ton vol!

Et vous heures propices,

Suspendez votre cours!

Laissez nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours!

Lamartine, Le lac, tout ça.





Playlist : Florent Meyer, Le lac.

02 décembre 2006

Unemployment Weekly - Supplément WEEK END (non mais!)

De jeunes artistes s'engagent auprès des chômeurs, et contre l'aliénation du travail et ses conséquences géopolitiques. Ils performaient hier soir au Point Ephémère, sur les rives d'un plan d'eau. Pour la plus grande joie de Soustache, Mourcil, et Hildegude.



Playlist : Gangpol und mit, Chinese slavery

30 novembre 2006

Unemployment Weekly

Le travail de sape à l'encontre des chômeurs continue d'être mené dans la presse gratuite. Paru, en grasse évidence, dans les premières pages d'un Métro de la semaine, cette jolie petite phrase de Monseigneur Patrick Devedjian, à qui pourtant l'on avait rien demandé :

"Il me semble préférable de travailler le dimanche que d'être au chômage."

Soustache, qui rêve d'une semaine qui ne serait que Vendredis soirs et Dimanches matins, reste interdite devant le tour que prend la folie des hommes.


Playlist : The Velvet Underground and Nico, Sunday Morning

Les flotteurs

ACTE I, SCÈNE 3

V. [2 bouteilles à la main, s'approchant d'une fille]
Oooh, incroyable, une fille avec des seins qui brillent!
je peux toucher? c'est la rébou qui fait que tu scintilles?

La fille
Non. Ces seins sont un système de luisants ballons.

V.
Eh mais tu es amusante comme un rhododendron!
Je touche quand même pour voir si tu dis vrai
[il pose sa main sur ses seins]

Enter Elle

La fille
Retire ces mains tout de suite s'il te plait

V.
Et bien tu disais juste : tes seins n'ont aucun intérêt
[il se retourne et tombe face à Elle]
Je... que.... Est-ce l'alcool qui me trahit
Ou est-ce bien Elle que je vois, ici?
[il fait un pas]
Nous... nous connaissons... déjà....

Elle (solennelle)
Je reconnais ce visage, et cette voix

V.
C'est incroyable, c'était il y a neuf mois, ici....

Elle
Et tout ce temps tu ne m'as jamais écrit!

V. exalté
Je n'ai fait que ça! Et jamais de réplique!
Mille courriers envoyés! Toujours à sens unique!
J'ai fait louer des avions, passer des messages
À la télé, dans les clubs ; ton nom dans tous les paysages!

Elle
Je n'ai rien vu. Rien entendu.
Tu t'es chié dessus.

V.
L'important était de te revoir
C'est chose faite, ainsi triomphe l'espoir!

Elle
Tu n'as pas attendu, j'espère, car ç'aurait été vain

V.
C'est faux, je sens la puissance du présage

Elle
Ne bouge pas, je reviens…
[elle part en courant]

V.
Heu, je connais cette phrase...

Les flotteurs

ACTE I SCÈNE 2
Même endroit, V., seul dans un coin, 2 verres à la main

S.
Tu as fait sécession de la dynastie ming?

V.
Juste à temps j'ai fui, et évité le dancing.
Et toi? Tu as quitté le ring?

S.
Le combat fut rapide. Le black dansait pas mal
Mais vraiment, rien à faire, il pue comme 100 chacals

V.
Quel marasme. Toute la marchandise est périmée

S.
Cette situation est connue,
Elle s'appelle début de soirée

V.
ça ne ressemble à rien, cette fête est un vieux jus
fait de filles frelatées et de gueules à frapper

S.
Tu délires, bois tes verres et viens enfin dancer

V.
Je peux pas : la chinoise. Il me faut rester caché
Tout en me montrant bien et pouvoir tout scruter.

S.
Tu es vraiment de plus en plus énigmatique
Je ne comprends rien à ta problématique
Bois autant que tu peux, tu as l'air en panique

28 novembre 2006

Soustache au Job - Prologue - Une bien jolie ribambelle de connes

Soustache s'y résout : elle a bel et bien un nouveau job, quoique totalement inintéressant, avec un bureau, un ordinateur, les logiciels essentiels pour avoir plusieurs fenêtres ouvertes en même temps, une connexion internet, une lampe de bureau, un pot à stylos qui ne porte qu'un bic déjà tout bouffé au bout, et une sorte d'étagère à papiers dans lequel dorment quelques papiers, pour la forme. Et surtout, un nouveau job avec de nouveaux collègues.

Si Soustache aux Ass & Dick était une série qui avait pris le parti audacieux de ne suivre qu'un seul personnage dans sa lutte contre l'ennui et la vie normale, à l'instar de My So Called Life, avec Claire Danes et Jared Leto, obscure série de moins de dix épisodes au destin tragique, qui était pourtant pas si mal foutue pour une série de moins de dix épisodes, La Production a décidé de changer de cap en proposant aux lecteurs avides une série moderne, complexe, avec plein de personnages dedans, et des scènes de moins de deux minutes en champ-contre champ.

Cela fait exactement 23 jours qu'elle les observe, désormais, ses petites collègues de Blondivie, s'agiter frénétiquement dans leur petit bocal du dernier étage. Son jugement est établi, irrémédiablement, sur la plupart d'entre elles. Elle a surtout focalisé sa haine et son mépris sur une certaine Mademoiselle O.
Nous avons retrouvé quelques messages électroniques d'appel au secours, envoyés à ses amis Jane et Mourcil, que nous compilerons ici pour planter le décor et rattraper le temps perdu.
Voici la première de ses Brèves de Job dans laquelle apparait Mademoiselle O. Notez le souci d'exactitude dans la transcription des faits réels :

-Oh, il parait qu'on va avoir un sapin de noel!
-Un sapin de noeeel???? troooop biiiiennnn!!!
-OUAIS cooooooool!!!!
-Oh, j'espère qu'il sera graaaaaannnd!
-Ouiiiiii, avec des décoratiooooonnnns!
-Moi ce que je préfère, c'est les guirlandes, c'est hyper kitsch-flashy mais j'adooore
-Ah, moi je préfère les boules.

L'une des deux :
-a une écharpe rose
-Adoooore Eurodisney
-Son attraction préférée à Eurodisney c'est (vraiment!!) "le monde des poupées", tu sais le truc anxyogène au possible avec des poupées sous coke qui chantent avec une voix suraigüe "it's a small world after all" sans discontinuer pendant la durée de ton trajet dans une embarcation rose avec des fleurs dans le but évident d'attiser en toi haine, violence, et pulsions.
-préfère les boules.


Quelques jours plus tard, Mademoiselle O dévoila une autre facette de sa personnalité extraordinaire :

Ma Brève de Job concerne Mademoiselle O., celle qui aime Eurodisney et le circuit des Poupées, qui met des écharpes roses et qui préfère les boules.
Mademoiselle O. est UMP. profondément, entièrement, étonnament UMP. m'a t on confié ce matin, puisque par extraordinaire j'arrivai en premier au boulot (Migouman avait décidé de montrer à son Job à lui kiké le plus fort en arrivant à l'heure, donc tôt, et la présence angoissante de Maria, la femme de ménage chantante dans son appart me convainquit de partir avec lui), donc avant Mademoiselle O.
Nous parlâmes bien sur du phénomène, que dis-je, de l'évènement Ségolène Royal. Et Loulou, dans ses bons jours question humour de me dire : "tu vas voir la tête d'O en arrivant. Rien que le fait qu'on parle du PS toute une soirée, ça la rend folle".
en effet. j'ai constaté.
en fin de réunion, Loulou, taquine, invite O. à s'exprimer sur le sujet, me clin- d'oeillant malicieusement.
la réponse d'O. fut la suivante : "Non mais à la limite tant mieux. moi, j'ai entièrement confiance dans le machisme des Français."
Beau. grand. belle implication politique. je n'ose pas imaginer ce qu'elle aurait pu dire si Strauss Kahn avait été institué.


Le jour même, Mademoiselle O. (O comme trou du cul) devint la cible officielle de Soustache, qui l'institua en Némesis personnelle:

J'ai une cible, une target, un objectif, un point de mire, une petite figurine qui gesticule dans mon viseur.

O. a mangé à ma table et je ne suis plus que haine mêlée de stupeur, de mépris et de violence acerbe.
O. écoute Marie Laforêt, O. veut des enfants "parce que c'est trop mignon, et puis ça aime leur maman les enfants" (elle a un maniement stupéfiant des déterminants), O. aime pas trop la mer "parce que c'est trop froid" et parce qu'elle préfère la montagne, O. aime pas trop la sauce pimentée "parce que ca PIQUE!!!", O. me coupe la parole pour HURLER : "Alors t'as pris du pouLET au caraMEL? ALORS c'est BON? MAIS c'est PAS du poulet au carAMEL!!!!" (merci O.)


Quand excédée par ses hurlements, sa conversation inepte et envahissante, ses fous rires quand Milly Vanilly raconte pour la 10 000e fois l'histoire du mec dans son collège qui a littéralement pris la porte (histoire tellement banale et tellement ressemblante à une blague de Toto que je le soupçonnne de se l'être frauduleusement appropriée) et qu'elle braille "Alors tu VOIS ça c'est typiquement le genre d'humour que j'AIME, hein, on se prend pas au sérieux et on joue sur les mots, ça me fait RIRE!!!", je lui ai demandé, du haut de tout mon mépris et de mon étonnement non feint : "non mais O****, dis moi ton secret, tu prends des trucs, non? t'as mis en place un système d'apports en vitamines hyper évolué?" elle me répond :

"NON MAIS CA VA PAS NON?!!!! NON MAIS NON HEIN, MOI JE PRENDS RIEN DU TOUT, ET JE VOIS MEME PAS POURQUOI TU DIS DES TRUCS COMME CA!"

Du coup elle me fait la gueule, ce qui nous arrange, moi et mes tympans.
je ne vois que deux explications possibles : soit elle est entièrement, profondément dépressive, soit elle prend effectivement des trucs, soit les deux. Je fais trop confiance à la nature et à l'évolution pour croire à un tel degré de connerie spontanée.
Je me suis trouvé un allié inattendu en la personne du Scout. qui finalement n'est pas de droite. enfin qui le laisse entendre mais qui ne l'est pas (il parle de sa famille de "bourgeois conservateurs" comme s'il les avait mis sous verre afin de les observer à loisir, en lachant un pet sonore et malodorant de temps à autre sous le globe de verre histoire de voir leurs réactions). Qui est arrivé ce matin avec un gros sac a dos et un duvet et qui m'a dit "devine qui va à un camp scooouuut? et ouais, c'est moi cette fois" (alors qu'en fait il a mis toutes ses fringues dans le sac et qu'il va passer le week end dans une maison rébou en normandie mais il sait meme pas où.). Qui a l'impression que les RP, ça revient au meme que vendre de la lessive. Qui déteste O. peut-etre encore plus profondément que moi. et qui lui exprime plus clairement :
"Ah OUAIS alors ce coin là J'ADORE! la TRINITE c'est les VACANCES DE MA VIE!"
"Donc tu es vraiment de droite."

poum. uppercut. je lui ai fait une révérence des yeux, pleine de respect et d'admiration. Nous nous sommes compris. Il est totalement asocial, et finalement, il n'a pas tort.


Quelques jours plus tard, la guerre, la vraie, était déclarée entre Soustache et O. :
Le reste de la vie ça va, j'ai toujours pas tué O, mais ça ne saurait tarder. hier, en "formation commerciale" (HAHAHA) elle s'est assise à coté de moi (au secours) et m'a regardée comme un extra terrestre parce que j'ai osé tremper ma madeleine dans mon café. du coup je me suis tournée vers elle, et avec la bouche pleine de bouillie marronnasse, je me suis exclamée "MMMMMM, chadore cha".
elle avait l'air dé-gou-tée.
Soustache : 1 - O.: 0
J'ai reçu sur ma boite mail le millier de photos de ma gueule prises par le pote photographe de Djonathan pour le futur site web. omygod. soit le photographe est une merde, soit je suis un monstre avec une sérieuse hypertrophie des joues et personne n'ose me le dire. Bien sur, O. a dit : "ah non, mais t'es vraiment BIEN sur les photos" (genre si tu savais ce que ça donne en vrai, tu serais déjà en train de lécher les pieds du photographe. Et son objectif). ça m'a déprimée pour l'aprem.
Soustache : 1 - O : 1. La pute.

Soustache parviendra-t-elle à rendre la pareille à O.? O. sera-t-elle retrouvée morte au milieu du boulevard Sébastopol, victime d'une chute de 7 étages, une boule de noël dans la bouche? Soustache prendra-t-elle un aller simple pour le Brésil? Et le Scout dans tout ça, quelle est sa vraie nature?

Playlist O. : Chucky, It's a small world after all
Playlist Soustache : Radiohead, How to disappear completely (and never be found)

20 novembre 2006

L'opéra des flots de l'an saint

Après quelques années d'absence, le théâtre revient...

ACTE I SCÈNE 1


Un vaisseau sur le fleuve. Quelques canots l'entourent, jouant avec le courant. À l'intérieur, un son techno sale et saccadé anime des silhouettes surmontées de visages qui se guettent en s'emplissant d'alcool.

Swanda, un verre à la main
Que la chasse soit ouverte dans cette forêt bien remplie,
Où tout n'est que gibier et proie de nos envies ;
Buvons à cette soirée et aux prises de notre nuit!
[elle lève un verre de champagne]

Valmour, distrait
Tu sais combien cette nourriture
M'inspire et plaît à ma nature...
[il lève son verre]
Mais ma présence ici est pour un dessein particulier
Que les dieux me permettront, ou pas, d'honorer
[il vide son verre]

Swanda
Est-ce cette énigme qui semble t'assombrir
Et te faire oublier que ces corps sont là pour jouir?

Valmour
Tu le sauras... Mais pas maintenant.
[à lui-même]
Neuf mois, le temps d'un enfant...

Swanda
Tu dis...?

Valmour
Rien, rien...
Je me rendais à tes arguments…
[tournant la tête]
Tiens, observ' cette chinoise au regard alcoolique,
Chef d'oeuvre à sa façon de laideur psychédélique

Swanda, regardant de l'autre côté
Je vois beaucoup mieux ce grand Sarazin
Dont je lis le corps comme une gitane, une main

Valmour, narquois
Est-ce la bonne aventure qui animera ces palmes...

Swanda
Ta jalousie est vaine et ne trouble pas mon calme.
Lui, en revanche, pourrait enflammer mon napalm...
[elle rejoint le sarazin]

Valmour, à lui-même
Tant de visages, et pas un de connu
Et surtout pas celui pour qui je suis venu

La Chinoise [s'approche puis se colle à lui]
Miaou miaou, je vois tes yeux qui me harponnent
Moi qui pensais ici ne connaître personne,
Enflamme moi vite avec une allumette

Valmour
... Étrange poisson
Qui appâte son pêcheur avec des cigarettes...
[à lui-même]
L'océan Nymphomanie est une grande maison,
Mais as-t'on déjà vu sirène avec une si laide tête?
[à elle]
Tiens, ce briquet pour enflammer ce que tu dis...

La chinoise
Quelle flamme immense...
oh, quelle étourdie,
Le cigare est tombé... Ne me regarde pas baissée,
Mon décolleté est trop grand pour le cacher
[Valmour regarde au loin dans la salle]
Hmm, tes yeux me fouettent, je le sens,
D'un chaud et fort battement
Fais moi mal, frappe moi, dis moi qui t'invite
Je suis folle, tout tourne, je vacille, tu m'excites

Valmour
Rébou, sans aucun doute, folle peut-être ; la vérité,
Est que pour te faire prendre, tu mets bien peu de doigté

La Chinoise [hystérique]
Je suis ta prisonnière ooh délivre moi, emporte
Moi hors de ces lieux, arrache ces menottes
Qui m'accablent, prends moi vite dans ta grotte
Sens la prière de mes reins!

Valmour
Ne bouge pas, je reviens…
[il part en courant]

14 novembre 2006

Soustache aux Ass & Dick - 6 - L'invasion des Chômeurs Droïdes

Malgré le changement de situation de Soustache, encore non déclaré aux Ass & Dick, la Production a décidé de prolonger la diffusion de la série, s'inspirant de la ressuscitation d' Eden Capwell, résidente de la charmante ville de Santa Barbara, après une saison entière durant laquelle la partie du monde occidental munie de postes de télévision la croyait morte.
En effet, et nous citons Soustache, "chômeur un jour, chômeur toujours". La jeune cadresse pas toujours dynamique se soucie encore aujourd'hui de l'avenir incertains de ses compagnons d'infortune...
La Production

Les chômeurs n'avaient pas assez de problèmes. On ne leur mettait pas assez de bâtons dans les roues (de vélo). Après la torture de l'heure de pointe, petit plaisir personnel de responsables d'agence ANPE tyranniques et desséchés, après la menace de la concurrence Chinoise, puis Polonaise, puis des Stagiaires Bénévoles, après le dénigrement constant de la classe politique, et les risques sanitaires majeurs engendrés par l'importation du concept d'Happy Hour, une nouvelle épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la communauté chômeuse :

Le Chômeur Droïde.


C'est vrai, c'est prouvé, c'est vu dans le Métro du jour. (Métro étant la source d'information principale du Chômeur Lambda, avec le JT de 13h, tout cela est loin d'être une coïncidence.)
"Le handicap de Samantha Schimmer ne se voit pas. Pourtant, "à l'intérieur, je suis en métal", lance cette blonde de 29 ans, sélectionnée pour le job dating organisé par l'Adapt hier, à la Défense et dans douze villes de France." Claire Cousin, Métro du 14/11/2006

Sous-payé et surmotivé, le Chômeur Droïde est le nouveau rival du Chômeur Lambda, qui ne sonne pas sous les portiques de sécurité, qui ne capte pas la radio en levant le petit doigt, et qui ne fait pas le café en baissant le bras.

Très appréciés par leurs employeurs, les Chômeurs Droïdes ont des qualités indéniables : "Quand ils ont un job, ils n'ont pas l'intention de le perdre, [eux]", commente un patron satisfait.

Contre la menace droïde, réagissez! devenez des Chômeurs Bioniques!

ANPE 2018

Playlist : Kraftwerk, We are the robots.

13 novembre 2006

Trophées de la Classe 2006

Halloween, le jour des morts, et la fête des vétérans, qui reviennent peu ou prou à la même chose, sont passés .La dernière ligne droite vers la fin de l'année se profile à l'horizon.
Et si la rentrée est la période des anogénies sérielles, la période dite "des fêtes" est celle des anogénies de synthèse : prendre les meilleurs moments, les meilleures grimaces, les meilleurs fous rire, les meilleures chutes, les meilleurs films, les meilleures productions, quelles qu'elles soient (taureau des landes ou compil' NRJ), les compiler, les classer, trouver un présentateur- humoriste- clown à la propension alcoolique, lui juxtaposer une demoiselle mamelue (point d'ancrage de l'attention du télévoyeur si jamais le PHC vient à faire un flop), et hop, en voilà une anogénie bien chaude!

Mourcil et Soustache, cette année encore, ne seront pas en reste, et participeront eux aussi à l'anogenèse médiatique globale, en vous présentant sur un plateau le fumet délicieux des Trophées De la Classe 2006.


Les Trophées de la Classe, qui sont voués à récompenser les coups d'éclat en termes de prestige, de bon goût, d'élégance et d'esprit dans le discours amoureux, s'ouvriront cette année sur la prestation remarquée de notre premier nominé, Almonzo, dans la catégorie Improvisation Téléphonique.

Notre ami Almonzo, embourbé dans une situation aux répercussions incontrôlées, poussé à l'aveu par une torture auditive, a fait savoir à la demoiselle en demande qu'il l'avait
"fourrée comme on fourre une dent pourrie".

Le jury apprécie la puissance évocatrice de la métaphore, son sens de l'à-propos, ainsi que le jeu sur les sens stratifiés du verbe fourrer.

Réjouissez-vous Françaises, Français, et Francophones du monde entier! l'art de la cour, la galanterie, et la joaillerie du verbe ciselé ne sont pas enterrés! Saluons ceux qui les font vivre!

Playlist : Mai Lan, Bâtards de barbares

09 novembre 2006

Long Gone Fishin'

La pêche à la palangrotte est une pêche à la fois sensuelle et ridicule.

Il faut d'abord s'équiper d'un pavé plat de liège, autour duquel on enroule des mètres et des mètres de fil de nylon. Au bout de la ligne, attacher un plomb, pour lester le fil. On prendra soin de le prendre ni trop lourd, pour ne pas trop empeser la ligne et nuire à sa sensibilité, ni trop léger, de peur que le nylon ne danse trop librement dans les courants de fond. A une trentaine de centimètres au dessus du plomb, attacher un autre fil de nylon. Celui-là portera l'hameçon.


Une fois l'appât posé, on jette le fil par dessus bord, par le plomb, et on laisse la palangrotte se dévider, jusqu'à ce que le plomb touche le fond. On rembobine juste un peu, pour tendre la ligne, et l'on pose le fil sur le sillon creusé par la pliure entre les deux dernières phalanges de l'index.
Et puis attendre, en se laissant bercer par le clapotis sournois des eaux très calmes de la Méditerranée. Se concentrer sur ses sensations, car tout se joue sur ce carré de peau de doigt par-dessus lequel court le fil de nylon. N'être plus que ce petit carré de peau de doigt. C'est exactement là qu'on sentira les subtiles tractions, d'abord timides, du poisson goûtant à l'appât, puis les secousses caractéristiques de la prise.

Ce soir, j'ai sept ans, et je tiens un petit pavé de plastique blanc au fond de ma main, en attendant qu'une vibration distincte me signale qu'un poisson se débat au bout de la ligne. Je ne suis plus qu'une paume en éveil.

Playlist: Serge Gainsbourg, Ces petits riens.


Vous mangeriez de la soupe de chien, vous?

06 novembre 2006

Soustache aux Ass & Dick - 5 - Un mois de chômage expliqué aux enfants

Soustache avait un job. Elle s'y rendait tous les matins, et écrivait sur son ordinateur pour gagner de l'argent quand elle ne buvait pas de café avec ses amis.
Mais un jour, au job, on lui dit qu'il n'y avait plus d'argent. Elle ne pourrait pas revenir prendre des cafés avec ses amis pendant les heures de bureau.
Au début, elle dramatisa un petit peu la situation: qu'allait-elle devenir? qu'allait-elle faire toute la journée?

Mais heureusement, ses amis Almonzo et Hildegude étaient aussi sans travail. Ils l'emmenèrent dans des parcs pour boire des verres. C'était comme le café pendant les heures de bureau, en mieux.
Il faisait beau, Soustache était heureuse.

Parfois, tout de même, elle se sentait un peu clocharde.


Elle recentra sa vie sur des occupations plus personnelles. D'aucuns diraient qu'elle avait chaud aux fesses. D'autres préfèreront dire qu'elle voulait avant tout se rendre utile à la société et apporter bonheur et plaisir à ceux qui le voulaient bien.
Somme toute, ces activités étaient liées à une seule personne. Qui lui rendait bien mal.

Soustache eut alors un petit passage à vide. Les paradis artificiels avec lesquels elle avait bâti un rempart tout autour d'elle commençaient à s'estomper, révélant le vide dans lequel sa vie était plongée.
Elle décida de se prendre en main, et se remis à chercher du job.
Pour les histoires plus personnelles, Soustache pouvait compter sur son ami Mourcil, amoureulogue de grande renommée.

Aujourd'hui Soustache va mieux. Elle a retrouvé un job, de nouveaux amis pour prendre le café, un nouveau bureau... Elle a même un nouvel ordinateur!
Est-ce un travail intéressant, dans lequel Soustache pourra enfin s'épanouir et fuir son vide intérieur?
L'histoire ne le dit pas : vous découvrirez par vous-mêmes, les enfants, et bien assez tôt, que l'apéro c'est plus rigolo que le job!

Soustache aux Ass & Dick - 4 - La Haine (PE)

La Haine (P.E.), Take 1: La voix du téléphone m'avait dit "8h30". Encore un rendez-vous de 8h30, décidémment une manie chez ces professionnels du chômage. Encore une plongée dans le métro aux heures de pointe, avec ses corps compressés, ses relents d'aftershave et de Tahiti Douche à la Vanille de Synthèse, ses petites mains manucurées qui cherchent à s'agripper à la barre déjà grasse, ses regards torves derrière des grilles de Sudoku. Retour brutal à l'étrangeté du monde.

Ils sont pleins de paradoxes, ces professionnels du chômage qui vous font lever tôt, comme tous les gens normaux, pour vous redonner le goût de l'activité, le sentiment d'appartenance à la grande famille de la production de richesses, le sens de la vie, quoi. Alors que franchement, qu'est ce qui donne plus envie de s'inscrire à la grasse mat' à vie que les heures de pointes dans le métro?


C'est donc pleine de bonne volonté que j'arrivais à l'agence ANPE qui m'avait été attribuée par je ne sais quelle loi du hasard, probablement hors de toute logique, en tous les cas bien au-delà de toute considération géographique. Je trouvai follement amusant qu'elle soit située dans une impasse. Bien, bien au fond.
Mon échange avec l'hôte d'accueil, qui lui aussi jouait au Sudoku, de manière à démontrer sa normalité d'actif face aux déficients du travail auxquels il était confronté jour après jour, le fut beaucoup moins, amusant.

"Ah non. vous êtes pas enregistrée aujourd'hui. Vous êtes SURE que vous vous êtes pas trompée de date?"
"Oui. On m'a pas donné beaucoup d'informations, au téléphone, mais regardez, j'ai eu la présence d'esprit de les noter sur mon papier. là c'est la date d'aujourd'hui. et là, c'est l'heure de maintenant."
"Oui, mais vous êtes pas enregistrée aujourd'hui."
"...Ce qui signifie?"
"Ben... vous êtes enregistrée demain."
"...Ce qui signifie?"
"Revenez demain."

Je voulus réclamer une sorte de compensation financière, un geste commercial, pour le dérangement, mais je manquai de café et d'humour ce matin-là.

La Haine (P.E.), Take two : le lendemain, même Odyssée, même heure, même endroit. L'hôte, me reconnaissant, me lance son regard le plus fier quand il m'annonce:

"Oui, aujourd'hui c'est bon, regardez, vous êtes sur la liste."
"En effet."
"Par contre il faut patienter, votre conseiller n'est pas encore arrivé."
"Oui je comprends. 8h30, ça fait tôt."
Ces quelques minutes de vide matinal me permirent de m'imprégner des lieux d'un regard circulaire qui embrassa ce fond d'impasse. ANPE, terre d'espoir. Aux murs, des panneaux d'affichage en liège, partout. Je remarque que celle qui propose les "Offres d'emploi du jour" est désespérément vide. Sur d'autres, de grandes feuilles colorées annoncent joyeusement que "Flunch recrute 100 adjoints de direction" ou encore que "Carrefour vous ouvre ses portes!".
Immense envie de fuir. L'espace est complètement cloisonné ; on retrouve le même carrelage au plafond qu'au sol, à la différence près que le carrelage du plafond est plus propre et éclairé au néon. L'endroit ressemble à un hôpital, ou mieux, à une morgue. Deux yuccas sur le déclin, posés là pour apporter un peu de vie à ces lieux anonymes, échouent misérablement dans leur entreprise. D'antiques panneaux lumineux énoncent des messages humiliants à l'attention des mes compagnons d'oisiveté : "On appelle OOO au bureau".
Des postes de consultation connectés au site de l'ANPE, dont on nous dit qu'ils sont voués exclusivement à la recherche d'information sur les métiers et formation, imposent la station debout...et surtout, ne fonctionnent pas. Quelques vieux magazines sur l'emploi, écornés, trainent sur des tables. Tout est fait pour lâcher prise.
Mon conseiller, nouveau venu à l'ANPE, me reçoit.
Je lui énonce mon parcours professionnel, et il tente de retranscrire mes propos dans un logiciel qui refuse obstinément de s'exécuter. Nous passons l'entretien à tenter de comprendre comment la bête fonctionne.
Alors que je le regarde rougir et s'escrimer contre sa machine, j'entends des voix qui résonnent dans le box d'à côté:
"Non mais franchement, excusez moi de vous le dire comme ça, Monsieur ...., mais vous êtes de la chair à canon, pour ces entreprises! Il faut arrêter de travailler gratuitement, maintenant!" Je n'ose pas écouter la suite.
Finalement, quand il me demande où j'en suis dans ma recherche de travail, je lui réponds que j'ai trouvé un nouvel emploi. Son visage s'illumine.
"Ah, je suis soulagé, parce que en ce moment, on a pas grand chose à vous proposer. Entre vous et moi, s'ils pouvaient tous être comme vous, ça nous faciliterait la tâche."
"Je n'en doute pas".
Alors que je prenais enfin la fuite, bien décidée à ne jamais remettre les pieds dans cet endroit, l'hôte d'accueil me lança un jovial, et pire, sincère, "Bienvenue dans notre agence ANPE! à très bientôt!!"

Playlist : Pink Floyd, Welcome To The Machine.

19 octobre 2006

Soustache aux Ass & Dick - 3 - Call girl

Il fallait appeler l'ANPE. C'était la seule tâche dont je devais m'acquitter dans la journée. Et pourtant, pour savourer le goût de l'obligation, du devoir, de la tâche à accomplir, j'attendis que quelques heures s'écoulent mollement, que la lumière grise parcourre une bonne partie de la table de la cuisine avant de saisir à pleines mains mon téléphone d'une part, Mon Dossier Assedic d'autre part.
Pleine d'entrain et d'espoir renouvelé, je composai, péniblement, le numéro. (sachant qu'il comporte un "5", je vous laisse imaginer la difficulté de l'opération).

Occupé.
Je rappelle.
Occupé.
Je rappelle.
Occupé.
Je rappelle.
Occupé.

Je reste quelques instants interdite devant l'absurdité de la situation et le vide dans lequel ma vie a subitement plongé...et rappelle.
Occupé.
Je tente de conjurer le sort, lance un dé, compte le nombre de secondes correspondantes (j'aurais du m'en douter, c'était un 5), et rappelle.
...Occupé.

Un éclair de génie illumine fugacement mon esprit, et j'appelle mon "agence Anpe". Un homme, jovial, habitué, un peu taquin rétorque à ma tentative de contourner le système en prenant ma voix de blonde désespérée un peu naïve mais tellement sexy :"non non non, mademoiselle, pour prendre rendez vous avec nous, il faut appeler la PLATEFORME Anpe, c'est comme ça, pas autrement. Et oui. Il faut persévérer."

Je persévère donc, un peu touchée dans ma sexytude...
Occupé.

Pendant l'heure qui suivit , je jouai à Linerider d'une main, et appelai, de temps en temps, l'ANPE de l'autre.
Une vingtaine de chutes, de gamelles, et aucun looping plus tard, une petite voix joviale, que je soupçonne d'être en tous points identique à la précédente, énonça un superbe "ANPE oui bonjour!".

J'avais vaincu. Mon courage, ma persévérance, ma ténacité et moi-même l'avions emporté.
Le chômage, ami bosseur, amie bûcheuse, est une école de la vie.




Playlist : Rose Murphy, Busy Line.

Saga-5, bras séculier vs. esprit frappeur

Les moniteurs d'école sont élevés en batterie.
À un moment de leur vie, on leur attribue une odeur, par exemple tabac, ou encore eau de cologne.
Puis un timbre de voix et une intensité de cordes vocales.
Tout le reste est à peu près identique en terme de format global (contrainte : passer beaucoup de temps dans des petites voitures), et la différenciation sexuelle, même si elle est physiquement bien affirmée, est relativement peu importante dans les faits. Au plan vestimentaire, des variations sont visiblement acceptées selon l'humeur du chef de production.

Sortis de la grande usine des Moniteurs, les individus se disséminent et donnent des conseils. C'est là que le moniteur fait l'apprentissage de ses capacités pédagogiques. Pour ce faire, il va notamment développer des fixations, aussi connues sous le nom de fixettes.

"Vos bras. Trop tendus. Relâchez-moi ces bras.
Vos bras, regardez, ils sont beaucoup trop serrés. Les bras.
Bras
Les bras, trop tendus
Désserez les bras
Bras"

La voiture résonnait de l'écho des bras, bras, bras, qui faisaient certes pas de wonder ce matin mais qui obéissaient à leur destin de bras mourcilien, c'est à dire d'avoir une maniabilité plus proche du pylone EDF que du télégraphe de Chappe.


Brassant le volant comme ils peuvent, la raideur des bras contrebalançe la ballade de mes idées,
Sans café, sans sommeil, sans everything.

Quel est le sens de la vie?
"Tournez à droite.
Vos bras, lâchez vos bras"
Alternance de peines et de joies.
"non mais attention regardez la trajectoire, c'est à cause de vos bras"
Ouvrir les yeux, marcher, vers où?
"plus doux les bras"
Lumière, obscurité, lumière
"mais gardez les mains sur le volant, tout de même"
Ouvrir les yeux, respirer l'odeur d'une femme, sa peau
"si vous gardez les bras comme ça, on va aller n'importe où"
Effluve, fragrance d'une minute, d'une journée
"vos bras, monsieur, vos bras!"
Le sens est dans l'Autre?
"arrêtez-vous là"


All the world's a stage,
And all the men and women merely players:
They have their exits and their entrances;
And one man in his time plays many parts,
His acts being seven ages. At first the infant,
Mewling and puking in the nurse's arms.
And then the whining school-boy, with his satchel
And shining morning face, creeping like snail
Unwillingly to school. And then the lover,
Sighing like furnace, with a woeful ballad
Made to his mistress' eyebrow. Then a soldier,
Full of strange oaths and bearded like the pard,
Jealous in honour, sudden and quick in quarrel,
Seeking the bubble reputation
Even in the cannon's mouth. And then the justice,
In fair round belly with good capon lined,
With eyes severe and beard of formal cut,
Full of wise saws and modern instances;
And so he plays his part. The sixth age shifts
Into the lean and slipper'd pantaloon,
With spectacles on nose and pouch on side,
His youthful hose, well saved, a world too wide
For his shrunk shank; and his big manly voice,
Turning again toward childish treble, pipes
And whistles in his sound. Last scene of all,
That ends this strange eventful history,
Is second childishness and mere oblivion,
Sans teeth, sans eyes, sans taste, sans everything.

17 octobre 2006

Soustache aux Ass & Dick - 2 - Kesskejpeufaiiiire


Tandis que Soustache se creuse la cervelle pour donner une nouvelle impulsion à sa vie professionnelle, il semblerait que Mourcil ait d'ores et déjà trouvé sa voie. Il va sans dire qu'elle bouillonne.
Mais promis, aujourd'hui elle rappelle l'Ahènepéheu. Sait-on jamais.

Low-Quality Playlist : Starmania, La complainte de la serveuse automate

Saga-École, épisode 4 : "vous aimez ça - hein?"

La portière s'ouvre dans un souffle.
Bruissement du velours tabagique.
Buée, RTL.
Il est 7:05.
Les mauvaises habitudes deviennent de mauvais réflexes si elles ne sont pas corrigées vite, et ainsi Hibou-Bernard a t'elle du être très peu corrigée dans la petite enfance lorsqu'elle hurlait pour obtenir un kinder surprise ou même un cerceau en bois.
Et maintenant, Hibou-Bernard a la pédagogie du cri.
Qui n'est pas sans effet réel. On est surpris par la vitesse à laquelle le corps est dissuadé par la perspective d'un hurlement auriculaire matinal. Hurlant d'un hurlement de vétérinaire, nasillard et sec, exhalant le tabac et excitant une bonne toux grasse qui termine la phrase mieux que toute approbation de ma part, Hibou-Bernard me dresse comme un Vietnamien un prisonnier US ordinaire il y a pas même 30 ans.

Toute hurlante qu'elle soit, Hibou-Bernard sait se faire Hibou-Chou.
De son timbre nasalisé, sa voix clôt la séance par une série d'appréciation formulée presque en regardant dans les yeux. "Vous avez de très bonnes dispositions, c'est pourquoi j'insiste sur les bases car autrement vous les négligerez".
Et au tournant de cette phrase, déplaçant lentement ses petites pupilles noires remplies à la fois de désillusion et d'une naïveté enfantine :
"Conduire, vous-aimez-ça - hein?"


"- oh oui madame"

16 octobre 2006

Soustache aux Ass & Dick - 1 - Pour une poignée de dollars

Après des semaines d'attente insupportable, d'ongles rongés, de crises d'angoisse et de cris dans la nuit, la Production est heureuse de vous présenter le premier épisode de votre série de la rentrée (universitaire). Après des atermoiements dûs à quelques soucis techniques (le perchman aurait grimpé la monteuse) auxquels se sont ajoutés la concurrence inattendue et fourbe de l'autre anogénie de la rentrée, une saucissonnade d'auto-école, sorte de roman-feuilleton d'apprentissage au parfum d'Asie, qui connait le succès que l'on sait, et l'attaque de mononucléose aigüe de notre actrice principale, Soustache aux Ass & Dick apparaît enfin sur vos écrans.

Le chômage est une activité à part entière, tout aussi aliénante, épuisante et frustrante que son alternative travaillée. Tout travail mérite salaire. Tout chômage mérite indemnités, qui ne sont ni récompenses d'avoir vendu son âme/son temps/son corps/sa vie à quelque diable capitaliste pendant quelques mois, ni mains-tendues- dans-la-nuit-tiens-pauvre-bougre-va-te-prendre-une-bière -ça-te-fera-des-vitamines. Le Chômage est une aussi grande mascarade que le Travail, et s'y plier, c'est être payé. Et c'est bien mérité.
C'est hantée par ces quelques réflexions sur la vérité ontologique du chômage que je me rendis pour la première fois aux Ass & Dick. J'errais comme une possédée dans les rues brumeuses et désossées du XIXe, l'oeil fou et les cheveux hagards, les vêtements de travers, passant en revue mentalement et fébrilement les "pièces du dossier à fournir impérativement" que j'avais hâtivement fourrées dans mon sac : il était 8h30, et cette heure de la journée ne m'avait été donnée à vivre que sous forme de sommeil depuis des mois et des mois de - pas si dur - labeur.
La porte était ouverte, et la queue déjà longue s'épandait sur le trottoir, soviet-style. Mes co-demandeurs d'emploi avait tous l'air las des travailleurs du métro de 6h et ressemblaient étrangement à ceux qui de l'autre côté du trottoir, frais rasés et costumés, se pressaient pour ne pas manquer leur conf' call de 9h15.
Ellipse. Sieste éclair sur les sièges modernes de l'accueil-salle d'attente-point internet retour à l'emploi-point tel anpe ligne directe.
Numéro 404. Bureau 12D, clignote le panneau d'affichage de ses petits points rouges et colériques. Munie de mon ticket, de mes papiers, d'un dossier fourni par les Ass & Dick et prudemment imprimé de la mention "Mon Dossier Assedic" par des autorités confiantes dans l'intelligence et le pouvoir de déduction de ses demandeurs d'emploi, de mon café infâme mais fumant et de tout le reste de mon barda, je déboule, vêtements hagards, oeil de travers et cheveux fous au 12D.
Quatre murs, un bureau, deux chaises, un ordinateur, le tout uniformément gris. La pâle auréole d'une lampe tente en vain d'animer le bureau qui absorbe la lumière comme un vortex en formica. Et derrière siège Mireille, dragon endormi de l'antre fétide, coincée dans son siège du 12D depuis mai 1972.

Mireille ne dit rien. Mireille ne me regarde pas. Trop fatiguée pour respecter une étiquette que je juge de toute manière complètement déplacée, je murmure un "bonjour", je m'assieds sur la chaise vide, en face de Mireille, et dispose mes papiers, "Mon Dossier Assedic", mes stylos tout bouffés au bout lors de réunions qui semblent appartenir désormais à une dimension parallèle, le tout en éventail sous la tâche de lumière.
Mireille ne dit rien, Mireille ne me regarde pas. Je termine mon café, moins fumant mais pas moins infâme, et entreprends d'enregistrer tous les indices qui permettraient d'éclaircir le mystère Mireille. Elle est énorme et bouffie, les joues rubicondes et luisantes. Le reste de son visage est jaune nicotine, et sa coupe mulet, par extraordinaire, se situe exactement entre le gris 12D et le Nicotine sur l'échelle chromographique. Par bonheur pour la qualité de mon réveil, la moitié de son visage est dissimulé par d'imposantes lunettes en verre fumé, ce qui la positionne entre CHIPs et Nana Mouskouri dans le grand organigramme des personnalités qui ont compté dans ma vie. Sur le mur de gauche, un panneau en liège. Sur le panneau :
-une note de service datant de 2004
-une photographie, récente, des vacances de Mireille. Un portrait en contre-plongé qui laisse apparaitre les grasses épaules dénudées de Mireille, son visage, avec les mêmes lunettes fumées, transposé sur un fond de ciel bleu et d'océan. Elle ne sourit pas et tient dans ses bras un petit ratier peu engageant.
-Un autocollant portant la mention "Je ne râle pas, je m'exprime".
Mireille ne me regarde pas. Mireille s'adresse à moi : "c'est vot' première demande?". Oui, c'est ma toute première fois Mireille, et c'est avec émotion que je remplis mon dossier virginal, ligne après ligne, case après case, une page après l'autre. Et je m'applique, Mireille, pour te rendre la journée plus douce.
"C'est quoi consultant djounior? Ils savent plus quoi inventer. Pour l'Anpe, faudra expliquer, hein." Oui, Mireille, foule à tes pieds mes 6 pauvres mois "pile poil jouste assez pour les indemmités" de carrière professionnelle qui ne sont que poussière face au monument du sacrifice de ta vie au Service Public. Réduis à néant mes efforts tous les jours réitérés pour trouver du sens à la vie travaillée et au monde construit tout autour. Puisque ce monde est mort, Mireille, puisqu'au job, ils n'ont plus d'argent, puisqu'il ne reste que nous deux et les Ass & Dick, ce bureau, ces deux chaises, je me soumets à ta matrone volonté, frustre mais juste.
"Voilà alors ça ce sont vos indemmités, combien, quand, et pour combien de temps, ça c'est votre attestation de demandeur d'emploi, pour aller au musée et tout, et puis ça c'est le numéro de l'Anpe, faut appeler, prendre rendez vous, c'est IMPORTANT, sinon vous aurez pas les indemmités. voilà. sinon, lisez ça, là (désignant Mon Dossier Assedic), c'est tout expliqué. Aurvoir."
Aurvoir Mireille. Je ne me suis pas retournée en partant, mais ton visage me hante encore alors que les jours passent et QUE JE N'AI TOUJOURS PAS APPELE L'ANPE. Je le ferai Mireille, je te le promets, en souvenir de toi.
Mais que le temps passe vite, chaque jour est ouaté de sommeil, de mauvais programmes télé, aspiré par la spirale de l'Internet, des siestes et des apéros. Cela prend du temps de devenir une chômeuse véritable; c'est tout l'apprentissage d'une vie qui a pour seul cadre celui qu'on veut bien lui donner. Et pour l'instant, la seule règle valable est celle du sommeil.

Pierre Bonnard, La Sieste, 1900

Playlist : Muse, Feeling Good




13 octobre 2006

Pouet

Mourcil célèbre 2 heures passées sans dormir.


Playlist : The Chemical Brothers - Asleep from the Day

12 octobre 2006

4e épisode delasaga : Tourner de volant vs. JC Dus

La nuit.
La grande salle de bain du monde est remplie de cette eau hachée menue qui remplit l'air comme une multitude de petits poils mouillés. Le sort de l'humanité peut basculer sous l'effet de ces minuscules bouts de barbe qui sont comme des sortilèges balancés devant la cheminée par une petite fille blonde à Christopher Lee.
Et ainsi en fut-il de mon propre sort, debout-tout-seul devant mon immeuble, petit pion sur l'échiquier spielbergien.
À l'instant précis où j'avance vers Fidel Destriero, Bycycle Ô Bycycle, Père de tous les Vélos, une silhouette glisse dans la nuit.

Une mélanielaurent.

Entendons-nous, pas Mélanielaurent, une mélanielaurent. C'est à dire un port de tête étherien, un regard atmosphérique, et puis un corps. Brune. Mais c'est tout, par exemple, pas la bouche, ô cette bouche.

Tout moy se fige.
Elle passe à 10 cm de moy ; Tout moy s'interroge, puis regarde la route de son côté. Puis de l'autre côté, direction Vitrine. De son côté. Vitrine. Côté. Vitrine.


7:01. L'oeil ouvert dans la nuit cligne.
La porte de l'école-à-conduire s'ouvre. J'avance vers la voiture en compagnie du saint-bernard-hibou.
Je dis : la voiture, je pourrais dire : le cendrier.
Tout étonné d'être là, j'écoute distraitement RTL en regardant bouger les lèvres du hibou-genou et en pensant à mélanielaurent, et puis aussi à Jane, parce que les relations d'idée, il faut savoir les regarder comme un grand spectacle en se laissant prendre par la main.

Chose étonnante dans cette école-à-conduire, ce matin j'ai conduit.
Au rythme des flashs RTL, et en faisant parler le hibou comme on fait parler son chien, avec un sourire gentil, en secouant la tete de temps à autre. En l'espèce, aussi en faisant 1000 tours de pâtés de maisons - mais il fallait bien ça pour aller jusqu'au bout de ses besoins.

Dans le décor impérial de la BNF vétue de réverbères et de brouillard, impassible tel un respirateur tantrique, Deusanssisse glisse.
7:05 : "non non monsieur, tourner de volant ne va pas du tout"
7:10 : "vous savez, moi, cette histoire de bébés congelés, je trouve ça fou. Parce que bon, quand même pas se rendre compte que sa femme est enceinte, faut avoir les yeux bouchés
7:15 : "vous savez, moi, j'ai ma petite idée sur cette histoire d'allemande kidnappée. Elle a ptête bien été enlevée au début, mais après, j'ai bien l'impression qu'elle est tombée amoureuse"
7:25 : "vous savez, il y a quelques jours, on a balancé une bouteille de ricard du haut d'un immeuble sur ma voiture. Non non non, qu'est-ce que je dis. Pas du Ricard, du Pastis 51 [en articulant bien "51"]
7:35 : "vous savez, moi, vous, les jeunes, je vous plains. Par rapport à mon époque, je vois bien toutes les différences. On pouvait dire merde à son patron le vendredi parce qu'on en trouverait un autre pour le lundi"
7:45 : "vous savez, moi, je suis pas raciste, mais quand même, je préfère travailler avec beaucoup de chinois que d'autres qui viennent de d'autres endroits"
7:55 : "c'est très bien, la prochaine fois, vous ferez l'accélérateur et les vitesses.

Moralité : quand ça sent le tabac quelque part, faut pas pousser beaucoup un saint bernard pour qu'il se transforme en jean-pierre-pernaud.


Auto-école : 3 - Mourcil : 1

Mind the (Time) Gap

Cher Journal,

Le Dieu Priape, qui avait cru bon de partir en vacances aux Seychelles a fait sa réapparition hier soir, pour le bonheur de moy. "Tout nu et Tout bronzé", selon les paroles saintes du Psaume Perdu. Enfin mes nuits sont-elles habitées par Sa verticalité qui se faisait attendre! je me prosterne et je danse, tout en meme temps.
Ah, journal, que n'es-tu doué de parole! qu'il serait juste et bon de converser! Si tu etais incarné, je me demande bien à quoi tu ressemblerais.

Journal, il est inutile de te dire qu'en cette période de chomâge imminent, ma motivation est aussi basse que la plus basse de tes copines, si tant est qu'en ta qualité de journal, tu puisses avoir l'équivalent de copines. J'arrive à la mi journée, mes yeux se baladent, caressant les longs tuyaux colorés qui structurent mon horizon et mon paysage encadré, j'attends que vienne la fin. Et, paradoxalement, on me demande de finir en trois jours ce qu'on devait me payer trois mois pour faire...
Le ciel me joue des tours, ou mon astro-hebdo est à un "all-time low", comme dirait David Bowie, entre autres.
Pourtant, il fait un temps parfait pour oiser. Je parie que quand je serai VRAIMENT sans emploi, il pleuvra.

Comment-vas-tu, Journal? suis-je bête, tu ne peux pas répondre.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ces lignes soustachiennes dates d'il y a précisément 2 ans. Ce qui pose la question de l'intemporalité, voire de l'éternité.
1. Comment Soustache pouvait déjà connaître l'issue de situations que quelqu'un d'autre vit aujourd'hui?
2. E
st-ce le chômage qui fait qu'il pleut, ou est-ce que c'est parce qu'il pleut que le chômage? Et qu'a fait Soustache pendant 2 ans?

Les réponses à ces questions interviendront peut-être au fil des 37204 épisodes des conversations de S & M, que les divinités de la luxure ont eu la gentillesse de découper comme des télénovelas brésiliennes
.
Mais ceci n'autorise personne à les comparer à un saucisson.





Playlist : Bonnie Rait - Round & Round

11 octobre 2006

Tsst

Soustache
quand qu'on exorcise et qu'on tue la maison??
quand t'auras fini de boire?

Mourcil
6l d'eau/jour, ma bonne Souste
comment voulez vous encaisser ça, hein?

Soustache
c'est trop, tu vas finir comme les vieux, tu vas mourir d'hyperhydratation, fais gaffe
pourquoi tu bois AUTANT

Mourcil
ma vessie m'avertit que je vais commencer à boire par les oreilles
parce que le dentiste le veut

Soustache
MAIS POURQUOI

POURQUOI

ton dentiste te fait des blagues?

Mourcil
mais non de dieu tu te rends compte de ce que TU demandes, Soustachée?

TU TE RENDS COMPTE?

Soustache
je demande QUOI?

une question qui commence par QUAND, je reconnais, peut t'etre anxiogène

Mourcil
attends attends, là t'es en train d'insulter toute une partie de l'humanité qui n'aime pas trop qu'on la titille sur l'horaire

Soustache
non de dieu de non de dieu

Mourcil
TU T'EN RENDS COMPTE PUTAIN DE MERDE

MAIS QU'EST CE QUE çA PEUT M'ENVERVER QUAND T'ES AVEUGLE À TOUT

Soustache
et je m'insulte MOI aussi du coup. ah tiens, prends toi ça, garce

Mourcil
CAR TU NE VOIS DONC RIEN?

Soustache
non
rien

Mourcil
rien.

Soustache
dis moi ce que je suis censée voir?

Mourcil
j'en étais sûr.

l'eau monte dans la baignoire
sur les vitres, les appels

Soustache
eau-eau

Mourcil
et toi tu ne vois rien
rien comme un oeil vide et torve et lepenesque
creux. absent. il n'y a rien dedans

Soustache
ok alors là je flippe. je viens de regarder par la fenetre et il y a un sosie de toi en bas

"We've met before, havent' we?"

Mourcil
regarde partout autour de TOI ENFIN BORDEL

Soustache
tu parles du texto?
j'AIME te faire courir
comme un chien après le sens.
mais ça va, hein, la réponse est que je suis libre quand tu le souhaites.

Mourcil
MAIS TU ES SOURDE EN PLUS D'AVEUGLE FOUTRE DE FEMME
tout ça en vain
tout

Soustache
non

Mourcil
tu es comme une paille d'un mac do jeté au caniveau
tu crois surfer alors qu'un chien te pisse dessus

Soustache
j'ai dit QUAND

Mourcil
quand, oui
pose toi bien cette question, Soustachée

tourne la bien dans ta tête

quand

Soustache
j'aime pas que tu m'appelles Soustachée
appelle moi Maîtresse

Mourcil
n'élude pas les questions, Soustachée
n'élude pas
ne cherche pas à te cacher derrière un bout de téton de Madame Félipée la patronne qui en fait des ravioles

Soustache
va te faire foutre, je retire ma question et je la pose à Julien Lepers

Mourcil
julien lepers est depuis bien longtemps parti violer ton père à troyes, Soustachée

ouvre les yeux

Soustache
au secours

Mourcil
regarde ce qui se passe

Soustache
je flippe
je rigoleflippe
demain, tu viens ouvrir les yeux avec moi et al gore?

Mourcil
le film n'a pas de spectateur
tu es le film, il est tout autour de toi

Soustache
ta bouche n'a pas d'oreille

Mourcil
encore, toujours, tu éludes
quand,

Soustache
JE SUIS LA FIN DU MONDE

Mourcil
quand

Soustache
quand?

Mourcil
quand...

Soustache
oui, moi aussi j'ai un quand qui me traine au cul

Mourcil
bientôt ce mot sera à ton oreille comme le sifflement de la fusée fixée sur l'anus de l'adolescent

Soustache
je sais

Mourcil
quand
écoute le bien

Soustache
oh, on a eu la meme image en meme temps

Mourcil
tes fesses ont pris la place de ton cerveau

Soustache
je sais
ta réponse est?

Mourcil
il est encore trop tôt pour poser les questions

va tuer les sangliers dans la forêt pendant quelques jours

retrouve des points de mana

Soustache
bon, hey, Yo fuckin' Da, arrete de me prendre le cul et dis moi si demain est un jour à flim
-soit l'al gore
-soit un panaché exorciste/maison qui tue

Mourcil
bon, je vais attendre combien de temps devant ta porte avant que tu m'ouvres?

ou dois-je ouvrir moi-même?

Soustache
HAHAHA

oui, ouvre

Mourcil
je vais boire
si c'est ainsi
et simplement faire le maneken pis devant ta fenêtre

Soustache
tain je suis con, je suis allée ouvrir la porte, prise d'un affreux doute
tu m'as EUE, salaud

Mourcil
HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHHA

Soustache
bon, alors demain, je vais voir la fin du monde sur grand écran sans toy

Mourcil
non

Soustache
si

Mourcil
non

Soustache
si

Mourcil
Non.

Soustache
Si.

Mourcil
N-o-N

Soustache
trop tard
la décision est prise

Mourcil
Z
0
Z

Soustache
elle est irrévocable

Mourcil
Non. Elle n'est pas irrévocable.

Soustache
siiiiiiiiii

Mourcil
Reviens en arrière. Ravale ton dernier mot.
Je répète :
Non.

Soustache
toi tu ravales

Mourcil
Sois conforme à ce que tu es, Soustachée
Ravale.
Retourne en arrière une seconde -
J'ai dit : Non.

Soustache
alors dis moi "oui Souste, on voit des flims demain, et je te ferai des ti punch"

Mourcil
Soustachée. Si tu dis oui, tu pourras voir un film demain, avec un peu d'alcool comme tu l'aimes

Soustache
Ouui

Mourcil
Yeeeeeha

en bonus :
pour ta soirée, il y a une théma Orgasme ce soir sur arte, 22:10
tu noteras que Orgasme et Orbite forment une même fratrie, et se priver de l'un, c'est dire adieu à l'autre
je te rappelle sans aucune arrière pensée vaudou, bien sûr

par ailleurs, Swanna est à cet instant avec Cognac Jay
et elle s'interroge sur l'opportunité d'un apérotif

Soustache : Statut changé en Inactif(ve)

Mourcil
ouais, c'est ça, me réponds pas
je te pisse à la raie, souste
et autant te le dire, tu vas pouvoir ouvrir une source de l'autre côté

Auto-école, 3e : çui qui dit qui l'est

La nuit.
En vélo au petit matin, la lumière fait que les gens ressemblent un peu à des playmobils, et un peu à des cibles dans carmaggeddon. Tous les comportements sont un peu aléatoires comme une intelligence artificielle. C'est l'heure de la matrice. Les visages se tournent lentement, expressions faites de lumière jaune et glacée à la fois, ralenti silencieux qui méconnaît les sons de la ville. Intense satisfaction du temps qui goutte à goutte pour les rares et précieux habitants de l'instant.

La nuit.
Sur mon visage, tous mes muscles se font courageusement la courte-échelle, martelés par derrière par les 4 bouteilles de vin fin absorbés jusqu'à environ 3h auparavant.

La vitrine.
Éclairée comme une maison d'amsterdam, mais avec des néons style épicier du coin.
La vitrine approche, oeil ouvert dans la nuit.
Devant la vitrine, une voiture, chevauchée aléatoirement par une jeune chinoise, elle même compactée dans son siège par la présence d'un gros saint bernard déguisé en femmes, avec des lunettes de hibou. Voiture rugit et saute sur place, comme pour signaler qu'elle aime pas trop ses cochers.
La vitre est ouverte :
"Bonjour, je crois avoir cours avec vous"
- non j'crois pas
- hmm, si si
- c'est quoi votre nooom?
- mourcil, chevalier de
"- comment qu'vous dites?" répéta-t-elle en boucle en s'extrayant du véhicule et avant de rouler jusqu'à l'intérieur de la vitrine
- mourcil, je le répéterai pas
- ah ben voilà il est déjà parti le moniteur daniel l'est déjà parti il est 7:10 il est parti à 05 je m'en souviens bien maintenant

Auto-école : 3 - Mourcil : 0





Playlist : Nina Simone, Feeling Good